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Saint-Boniface : 175 ans d'humanisme
L'APÔTRE DE LA GERMANIE
-Boniface, qui à l'origine s'appelle Winfrith, est né
en 675, près d'Exeter, dans le Wessex, en Angleterre.
-L'enfant, dont la vocation fut précoce, fut élevé
comme un oblat bénédictin. À Nursling, il compléta
si bien son instruction qu'il
devint maître dans le monastère du lieu. .
-À 30 ans, il fut ordonné prêtre. En 711, il
partait avec queiques compagnons pour la Frise (Hollande). L'année
suivante,.Use rendait à Rome. Le Pape Grégoire II
changea son nom en celui de Boniface (celui qui a un destin
favorable) et le lança dans sa mission auprès
des tribus germaniques, en Thuringe et en Hesse. .
-En 722, le Pape le rappelait à Rome afin de l'ordonner évêque;
Revenu en pays de mission, il commença 'son évangélisation
par un acte assez spectaculaire en abattant, près de Fritzlar,
le ,chêne vénéré par les païens,
consacré au dieu Thor. . . . '.
-En réponse au compte rendu de son travail, le nouveau pape
Grégoire III lui envoya le «pallium», c'est-à
dire lui conféra la dignité d'archevêque. .
-Il se tourna vers la Bavière où il installa éventuellement
4 évêques à Salzbourg, Freising, Ratisbonne
et Passau; il retourna à Rome remettre au pape le bilan de
son travail.
-Il s'adonna ensuite à la réforme de l'Église
franque.
-En 744, il fonda le monastère de Fulda à l'âge
de 60 ans. En 748, il devint archevêque de Mayence.
- L'évangélisation des païens, Boniface continuait
d'y penser malgré son âge. Il se tourna vers la Frise,
premier théâtre de ses missions. Dans ses dernières
instructions il écrivait: «Je ne puis renoncer à
ce voyage tant désiré. Mon dernier jour approche.
BientÔt affranchi de la prison de ce corps, j'irai recueillir
la récompense éternelle...»
- Le 5 juin 754, lui et ses compagnons furent massacrés
à pokkum, en Frise. Son corps fut ramené à
Fulda.
- Fulda est demeuré le centre religieux de l'Allemagne catholique.
En février 1818, Mgr Joseph-Octave Plessis, évêque
de Québec, reçoit des catholiques vivant à la
Rivière Rouge une requête demandant instamment un prêtre
pour la Colonie. En même temps, il reçoit une lettre
qui lui apprend qu'une souscription générale destinée
à soutenir l'établissement d'une mission catholique
permanente à la Rivière Rouge avait été
lancée par lord Selkirk et ses amis.
Il n'en fallait pas plus pour que Mgr Plessis, chef de l'Église
catholique en Amérique du Nord Britannique, décide
d'aller de l'avant. Il choisit pour cette mission l'abbé
Joseph-Norbert Provencher, fils d'un cultivateur de Nicolet, curé
de la paroisse de Kamouraska. Il nomme aussi l'abbé Sévère
Dumoulin, nouvellement ordonné en février 1817, et
le séminariste Guillaume Edge pour accompagner l'abbé
Provencher à la Rivière-Rouge
Les missionnaires prennent place dans les canots le 19 mai 1818.
Suivant l'itinéraire des anciens explorateurs et des voyageurs,
ils arrivent sans incident à la Rivière-Rouge le 16
juillet 1818, deux mois après leur départ. Logés
provisoirement au fort Douglas, les fondateurs de la mission et
de la paroisse de Saint-Boniface commencent les travaux de construction
d'une maison et d'une chapelle sur un terrain à l'est de
la rivière Rouge condédé à la mission
catholique par lord Selkirk.
Bien que la construction de la maison et de la chapelle ne fut
pas terminée avant 1823, une petite section est à
peu près vivable dès l'automne. L'abbé Provencher
y aménage une chambre et une chapelle provisoire dans laquelle
il célèbre sa première messe en terre bonifacienne
le 1er novembre 1818.
Cette mission catholique, la première mission permanente
dans l'Ouest canadien, a été placée sous le
vocable de saint Boniface, grand missionnaire anglais qui avait
évangélisé l'Allemagne. Ce choix de nom, l'abbé
Provencher l'avait déjà en tête même avant
son départ pour la Rivière-Rouge. En mai 1818, il
avait indiqué à Mgr Plessis qu'il avait accepté
le poste qu'on lui avait confié même s'il aurait plutôt
fallu des évangélisateurs de la trempe de saint François-Xavier
et de saint Boniface pour aller faire entendre la parole de Dieu
dans cette région éloignée.
La vie à la Rivière-Rouge en ce début du 19e
siècle était pénible. Durant l'hiver 1818-1819,
Dumoulin et Edge vont hiverner à Pembina où la majorité
des habitants de la Colonie s'était réfugiée
pour ne pas crever de faim. Sécheresses, inondations, gels
précoces et nuées de sauterelles rythmeront la vie
des habitants et de la mission de Saint-Boniface durant les prochaines
décennies.
En 1820, Mgr Plessis devient archevêque et reçoit
de Rome l'autorisation de créer deux nouveaux districts épiscopaux,
l'un à Montréal et l'autre dans le Nord-Ouest. Il
propose le district épiscopal du Nord-Ouest à l'abbé
Provencher qui hésite à accepter cette lourde tâche.
Après mûres réflexions, Provencher accepte le
19 mai 1821, et un an plus tard, soit le 12 mai 1822, il est sacré
évêque dans l'église paroissiale de Trois-Rivières
À la mission de Saint-Boniface, administrée par l'abbé
Destroismaisons durant l'absence de Provencher, n'était guère
prospère. Les travaux de la petite église, débutés
en 1819, n'étaient pas encore terminés, faute de fonds.
D'ailleurs ce n'est qu'en 1823, que l'on pourra, de temps à
autre, y célébrer la messe. Il faudra attendre l'année
1825 pour être complètement à l'abri des intempéries
et y célébrer la messe régulièrement.
À partir de 1821, date de la fusion des compagnies de la
Baie d'Hudson et du Nord-Ouest, la population augmente rapidement
dans la colonie de la Rivière-Rouge. En 1826, la colonie
connaît l'une des plus importantes inondations de son histoire.
L'Église et la maison des missionnaires sont endommagées
par l'eau. Les choses se replacent, si bien qu'en 1828, Mgr Provencher
songe à remplacer sa première église devenue
trop petite pour la population grandissante. Un an plus tard, il
peut emménager dans son nouveau « palais épiscopal
» et en 1831 il se rend au Bas Canada pour prélever
des fonds pour la construction de sa cathédrale.
La première pierre de la première cathédrale
de Saint-Boniface fut posée en 1832. Cette cathédrale
à deux tours, rendue célèbre par le poète
américain Whittier en 1859, mesurait 100 pieds sur 60, avec
des murs de pierre d'une hauteur de 40 pieds. Les deux clochers
s'élevaient à 108 pieds dans les airs. La construction
de la première cathédrale s'échelonna sur une
dizaine d'années. Elle fut ouverte au culte en 1839. Et ses
fameux clochers ne furent terminés qu'en 1844. L'évêque,
tout comme ses ouailles, était très pauvre à
cette époque.
1844 marque un tournant dans l'histoire de la mission de Saint-Boniface.
Un peu plus de 25 ans après son arrivée, Mgr Provencher
pouvait enfin espérer une permanence à son oeuvre.
Car le 21 juin 1844, quatre religieuses arrivent à saint-Boniface.
Ces Soeurs Grises viennent fonder un couvent. L'année d'après,
soit le 22 août 1845, deux oblats, Pierre Aubert et Alexandre
Taché arrivent à Saint-Boniface. En 1848, Mgr Jospeh-Norbert
Provencher devient officiellement « un évêque
comme les autres » lorsque son vicariat apostolique est érigé
en diocèse.
Mgr Provencher s'éteint le 7 juin 1853, vraisemblablement
des suites d'une attaque d'apoplexie qui l'avait terrassé
une vingtaine de jours plus tôt. La petite mission de 1818
était en effet devenue une paroisse, chef-lieu d'un vaste
diocèse, au coeur de laquelle se dressaient la cathédrale,
l'évêché et le couvent des Soeurs Grises, qui
servait à la fois d'école, de pensionnat, d'hospice
et d'hôpital.
L'oblat Alexandre Taché, sacré évêque
en 1851, succède à Mgr Provencher. À lui revient
la tâche de poursuivre l'oeuvre de son prédécesseur.
La population de la colonie de la Rivière Rouge continue
à augmenter. Ainsi en 1857, une première paroisse
dans la région urbaine actuelle est démembrée
de la paroisse de Saint-Boniface. La population catholique, composée
majoritairement de Métis francophones, est donc répartie
dans trois paroisses, Saint-Boniface, Saint-Norbert et Saint-François-Xavier
(Prairie-du-Cheval-Blanc)
Le successeur de Mgr Provencher connaîtra aussi sa part d'épreuves.
Le 14 décembre 1860, un incendie prend dans la cuisine de
l'évêché et les flammes se répandent
à la cathédrale, réduisant en cendres l'oeuvre
matérielle de Mgr Provencher. La presque totalité
des registres paroissiaux et de la correspondance a été
perdue dans le sinistre. En 1862, Mgr Taché commence la construction
de la deuxième cathédrale de Saint-Boniface. Mesurant
155 pieds sur 60, cette église à clocher unique était
située exactement en face et tout près de la cathédrale
de Mgr Langevin construite en 1908. La cathédrale de Mgr
Taché, devenue trop petite pour la population grandissante
de Saint-Boniface, fut démolie en 1909.
L'épiscopat de Mgr Taché coïncide avec une ces
périodes les plus mouvementées de l'histoire du Manitoba.
C'est durant cette époque que la colonie de la Rivière-Rouge
devient la première province à se joindre à
la Confédération canadienne. C'est durant cette époque
aussi que le Manitoba commence à recevoir de nombreux immigrants
de l'Ontario, de la Grande-Bretagne, du Québec et des États-Unis.
C'est aussi l'Époque d'un des plus malheureux chapitres de
notre histoire : celle de la dispersion des Métis, les premiers
paroissiens de Saint-Boniface.
En 1871, le diocèse de Saint-Boniface est élevé
en archidiocèse et Mgr Alexandre Taché devient le
premier archevêque de Saint-Boniface. La paroisse de Saint-Boniface,
qui s'étend des deux côtés de la rivière
Rouge, est la seule paroisse catholique francophone de la région
urbaine de l'époque. Elle sera l'unique paroisse catholique
de la ville de saint-Boniface jusqu'en 1917 lorsque la paroisse
du Sacré-Coeur est fondée pour la population belge
de langue flamande. En 1922, la paroisse de Holy Cross sera fondée
dans le quartier de Norwood pour la population catholique de langue
anglaise de Saint-Boniface.
À partir des années 1880, la paroisse de Saint-Boniface
passe d'un mode de vie essentiellement rural à un mode de
vie urbain. Du même coup, l'ancienne paroisse métisse
devient une paroisse canadienne-française où l'on
fête la Saint-Jean dès le début des années
1870. La paroisse de Saint-Boniface devient aussi le chef-lieu des
institutions de santé et d'éducation catholiques et
francophones du Manitoba. Les Soeurs Grises et les Oblats de Marie-Immaculée
avaient donné l'exemple dès les années 1840.
Sont venus les épauler, les Jésuites, qui prennent
la direction du Collège en 1885, les Soeurs des Saint Noms
de Jésus et de Marie avec l'académie Saint-Joseph
en 1898, les Marianistes à l'École Provencher en 1899.
C'est aussi à Saint-Boniface que Mgr Langevin, successeur
de Mgr Taché, fonde une congrégation religieuse, les
Missionnaires Oblates en 1904. Toutes ces communautés ont
marqué l'histoire et la communauté de Saint-Boniface.
Au tournant du siècle, Saint-Boniface est la cinquième
ville de l'Ouest. Il devient évident que la présente
cathédrale, en raison de la croissance de la population ne
répond plus aux besoins des fidèles. En 1906, on confie
aux entrepreneurs Sénécal et Smith la construction
d'une nouvelle cathédrale. Deux ans plus tard, Saint-Boniface
a une nouvelle cathédrale digne de l'étendue de son
rayonnement. Elle sera la fierté des paroissiens jusqu'en
1968 lorsqu'elle est détruite par le feu. L'actuelle cathédrale,
oeuvre de l'architecte franco-manitobain Étienne Gaboury,
a été construite à l'intérieur des ruines
de la cathédrale de Mgr Langevin.
La paroisse de Saint-Boniface est riche de ses 175 ans d'histoire
et de tradition. Son cimetière est le lieu de repos des plus
connus et des plus humbles de ses paroissiens qui ont, tous à
leur façon, contribué au développement de notre
province et de notre pays. Sa cathédrale, tout en étant
un lieu de culte conforme au renouveau inspiré par Vatican
II, reflète par la Christ et la vierge de son sanctuaire,
l'union pacifique des peuples amérindiens et des Canadiens
qui donna naissance au peuple métis, à Saint-Boniface
et au Manitoba.
Puisse l'oeuvre se poursuivre pour un autre 175 ans!
(Texte de la Société historique de Saint-Boniface)
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